Soudan -Le visage du futur client de la CPI enfin connu

On connaît désormais le visage de celui que beaucoup considèrent comme le futur client de la Cour pénale internationale (CPI). Il s’agit d’Al-Fateh Abdullah Idris, surnommé « Abu Lulu », un commandant redouté des Forces de soutien rapide (RSF) au Soudan. Cet homme s’est tristement illustré dans la région du Darfour, où les massacres contre les populations civiles se multiplient. Des vidéos et des témoignages l’accusent directement d’avoir supervisé des tueries de masse à El Fasher et dans d’autres localités.

Les images choquantes circulant sur les réseaux sociaux montrent Abu Lulu entouré de ses hommes, se vantant même des atrocités commises. Selon plusieurs sources locales et internationales, il aurait revendiqué la mort de plus de deux mille civils, pour la plupart des innocents sans défense. Ces crimes d’une cruauté extrême rappellent les pires pages de l’histoire du Darfour, que le monde espérait ne plus jamais revivre.

Face à la gravité des faits, les organisations de défense des droits de l’homme réclament une action urgente de la communauté internationale. Des appels à enquêter sur les crimes d’Abu Lulu et à le traduire devant la CPI se multiplient. L’impunité, soulignent-elles, ne doit pas triompher une fois de plus au Soudan, où la violence ethnique continue de faire rage.

Le cas d’Al-Fateh Abdullah Idris est aujourd’hui le symbole de la barbarie qui s’abat sur les populations du Darfour. Si la justice internationale ne réagit pas, ces crimes risquent de se poursuivre dans le silence et l’indifférence générale. Le visage d’Abu Lulu restera alors celui de la cruauté et du mépris total pour la vie humaine.

Les pays de l’AES se passent de la CPI : Que dit le droit international ?

Le droit international, à travers le Statut de Rome qui fonde la Cour pénale internationale (CPI), précise qu’un État qui décide de se retirer reste lié au traité pendant encore un an après avoir notifié officiellement sa décision au Secrétaire général de l’ONU. Durant ce délai, la CPI conserve donc sa compétence pour enquêter sur les crimes commis sur le territoire de cet État ou par ses ressortissants, et les procédures déjà ouvertes ne peuvent pas être annulées. Autrement dit, un retrait ne peut pas être « immédiat » en droit, et n’efface pas les obligations nées avant son entrée en vigueur.

Malgré ce principe clair, le 22 septembre 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé conjointement qu’ils quittaient la CPI « avec effet immédiat ». Ces trois pays, regroupés dans l’Alliance des États du Sahel (AES), considèrent que l’institution incarne une justice « sélective » et « néocoloniale », incapable de juger équitablement les crimes graves comme les génocides, les crimes contre l’humanité ou les crimes de guerre. Pour eux, il est temps de mettre en place des mécanismes judiciaires propres, adaptés aux réalités africaines et échappant à toute influence étrangère.

En choisissant cette voie, les pays de l’AES rejoignent la position des États-Unis, qui n’ont jamais ratifié le Statut de Rome. Le message est donc politique autant que juridique : ils veulent s’affirmer comme pleinement souverains et refusent toute dépendance à une justice internationale perçue comme injuste. Après leur départ de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ce retrait s’inscrit dans une dynamique plus large de rupture avec les structures considérées comme contrôlées par l’Occident.

Cette décision provoque déjà de nombreuses réactions. Les organisations de défense des droits humains s’inquiètent d’un recul dans la lutte contre l’impunité, alors que le Sahel est une région marquée par des violences récurrentes contre les civils. De leur côté, les partisans du retrait y voient un acte de souveraineté et une étape vers une véritable indépendance judiciaire africaine.

Le départ annoncé des pays de l’AES de la CPI illustre ainsi la tension entre le cadre juridique international, qui impose une procédure claire, et la volonté politique de ces États de s’affranchir rapidement d’une institution qu’ils jugent hostile. Les prochains mois diront si leur décision sera reconnue par la communauté internationale et comment elle sera appliquée en pratique.